Histoires Ordinaires De La Vie Quotidienne Essay

La période s’échelonnant entre 1960 et 1980 représente un moment crucial de l’histoire littéraire canadienne. Les écrivains et les écrivaines de cette période sont particulièrement mis en train par les célébrations du centenaire national et par l’omniprésence du nationalisme culturel.

La période s’échelonnant entre 1960 et 1980 représente un moment crucial de l’histoire littéraire canadienne. Les écrivains et les écrivaines de cette période sont particulièrement mis en train par les célébrations du centenaire national et par l’omniprésence du nationalisme culturel. Ils sont enthousiastes devant la perspective d’une littérature canadienne comme moyen d’aider au développement d’une identité nationale. Plutôt que de miser sur la littérature et les traditions américaines ou britanniques, les auteurs canadiens anglophones prennent désormais en considération la signification du fait de produire une littérature canadienne et les lecteurs, eux, consomment du contenu canadien, en priorité. Naturellement, l’écriture à la canadienne n’est pas de qualité uniforme et le débat bat son plein, au sujet des mérites d’une littérature nationale en particulier, et de l’écriture à la canadienne en général. On discute amplement la question, dans les communautés littéraires en émergence, les ateliers, les théâtres, la presse, les revues, les cours universitaires et les publications académiques. Les écrivains qui alimentent ces institutions en effervescence vivent collectivement des moments importants de l’histoire canadienne. Les soins de santé universels, le ministère du Multiculturalisme et les règles du CRTC sur le contenu culturel canadien sont mis en place. La crise d’octobre et Expo 67 marquent les Canadiens en profondeur, tout autant qu’un certain nombre d’événements internationaux comme la guerre du Vietnam, la contre-culture, le mouvement des droits civiques et le mouvement de libération des femmes. Les écrivains canadiens ont une conscience sociale. Ils s’impliquent dans le monde, notamment à travers les procédures et les techniques qui inscrivent l’individu au sein de contextes sociaux plus larges. Tout cela se fait d’une façon qui met ouvertement au défi les conceptions passéistes dominantes. Une emphase particulière est mise sur les enjeux de vie des femmes et des communautés marginalisées.

Des écrivains dont la carrière est en place avant 1960 vont tout de même publier certaines de leurs œuvres majeures durant la période 1960-1980. C’est le cas notamment des auteurs suivants : Mordecai Richler avec St. Urbain’s Horseman (1970), Dorothy Livesay avec The Unquiet Bed (1967), Patricia Kathleen Page avec Cry Ararat! (1967), et Phyllis Webb avec trois recueils de paroles de chansons : The Sea is Also a Garden (1962), Naked Poems (1965) et Wilson’s Bowl (1980). L’ouvrage de Dorothy Livesay marque un net tournant dans son œuvre. Elle passe de la question de la politique publique à une emphase mise plutôt sur la dimension politico-sexuelle du fait d’être vivant. L’ouvrage de Patricia Kathleen Page révèle sont attrait dédoublé pour la poésie et pour la peinture. Celui de Phyllis Webb, avec son imagerie précise et ses cadences contrôlées, manifeste l’intensité lyrique des émotions, tout en touchant la question de l’identité sexuelle et en explorant les caractéristiques des amitiés et des pertes douloureuses. On peut aussi ajouter les nouvelles de Malcolm Lowry, colligées par Earle Birney et Marjorie Lowry, et réunies en un volume intitulé Hear Us O Lord from Heaven Thy Dwelling Place (1961). On y sonde des idées telles que celles du paradis, de la traduction et de la dimension évanescente de l’identité. Les ouvrages à succès de cette époque incluent l’astucieuse analyse des structures sociales que l’on doit à Laurence Peter et Raymond Hull, The Peter Principle (Le Principe de Peter, 1965) ainsi que quatre livres pour enfants aussi très lus : The Secret World of Og (1960) de Pierre Berton, Raven’s Cry (1966) de Christie Harris, Jacob Two-Two and the Hooded Fang (1975) de Mordecai Richler, et Alligator Pie (1974) de Dennis Lee. De nombreux ouvrages de cette époque sont toujours hautement significatifs aujourd’hui, y compris les œuvres de Margaret Laurence, de Margaret Atwood, de Michael Ondaatje, d’Alice Munro et de Timothy Findley.

Communautés, organismes et institutionnalisation de la littérature canadienne

Le centenaire canadien déclenche une vague renouvelée de fierté nationale. Celle-ci se manifeste par une attention soutenue portée aux arts, avant et après 1967. L’enthousiasme prend corps envers l’écriture, tant comme pratique que comme marchandise non exempte de conséquences pécuniaires. Cela se manifeste notamment par la mise en place d’organismes et de regroupements d’écrivains (la Writer’s Union of Canada), de festivals (le Festival international des auteurs à Harbourfront), de subventions gouvernementales (Conseil des arts du Canada) et par l’insertion de la littérature canadienne au sein des cursus scolaires. Au nombre de ces importants développements figure l’apparition d’un certain nombre de revues littéraires. On peut nommer : Malahat Review, This Magazine, Ganglia, Descant, TISH, ellipse et White Pelican (voirPériodiques littéraires de langue anglaise, Revues littéraires de langue anglaise). Faisant équipe avec Sheila Fischman, l’influent poète et critique Douglas Gordon (D.G.) Jones fonde ellipse en 1969, pour ouvrir un espace où les écrivains canadiens anglophones peuvent paraître en traduction française et les écrivains francophones en traduction anglaise. La même année, Sheila Fischman traduit vers l’anglais le roman La Guerre, Yes Sir! de Roch Carrier. En 1972, elle fonde l’Association des traducteurs et traductrices littéraires du Canada. Vers 2012, Sheila Fischman a déjà la traduction de plus de 100 titres littéraires à son actif.

À Edmonton, les écrivains de la revue White Pelican comptent dans leurs rangs Stephen Scobie, Douglas Barbour et le poète et dramaturge surréaliste Wilfred Watson. Les poètes de TISH, à Vancouver, sont principalement George Bowering, Frank Davey, Fred Wah et Lionel Kearns. Daphne (Buckle) Marlatt est aussi affiliée à ce collectif. Ces poètes délaissent les techniques des poètes canadiens des années 1950 et se font plutôt désormais les champions de la poésie de type Black Mountain (selon la vision théorique et poétique des Américains Charles Olson, Robert Duncan et Robert Creeley). La pratique de ce type d’approche laisse, pendant quelques années, une trace significative sur l’esthétique de la poésie canadienne. Ce vent novateur souffle aussi sur la scène artistique multimédia des poètes de Véhicule, qui se regroupent à Montréal, au milieu des années 1970. Ce sont, entre autres, Endre Farkas, Artie Gold, Ken Norris et Stephen Morrissey. En Ontario, Margaret Avison adapte aussi des modèles poétiques américains, dans sa quête poétique de la révélation chrétienne. Le poète bpNichol fonde Ganglia Press en 1965. Il expérimente dans le champ de la poésie concrète. Puis, en 1970, il s’associe à Paul Dutton, Steve McCaffery et Rafael Barreto-Rivera pour mettre en place un groupe de poésie sonore qui s’appelle The Four Horsemen. Nichol publie en 1972 The Martyrology, premier tome d’un long poème qui paraîtra en plusieurs volumes. Au Nouveau-Brunswick, la revue littéraire The Fiddlehead, qui avait pris naissance en 1945 sous la forme d’un feuillet agrafé de huit pages, continue de faire connaître le travail des poètes de la façade atlantique, sous la direction éditoriale de Fred Cogswell (la revue poursuivra ses activités jusqu’en 1981). Fiddlehead Books (fondé en 1954) devient, après 1981, Goose Lane Editions.

Les coteries littéraires de cette époque impriment encore leurs travaux en format miméographique. Mais à mesure que la technologie d’impression offset se développe, les petits éditeurs (Véhicule, Coach House, Talon, Porcépic, House of Anansi, Brick Books, Coteau, Turnstone, NeWest, Oolichan, Douglas & McIntyre) deviennent viables économiquement, et ce, souvent hors des dispositifs institutionnels centraux. Le nombre des publications augmente et l’intérêt du public pour les ouvrages canadiens augmente aussi, notamment grâce à la publicité (l’ouvrage Survival: A Thematic Guide to Canadian Literature de Margaret Atwood n’était au départ, en 1972, rien d’autre qu’un catalogue des titres de l’éditeur House of Anansi). La technologie devient alors un véritable paradoxe artistique. En tant que thème littéraire, elle est souvent présentée comme cette routine lassante mécanisant la vie, tout en étant vécue comme un dangereux vecteur d’américanisation de l’existence. Et pourtant, en tant qu’auxiliaire à la publication, la technologie ouvre pleinement les nouveaux horizons de la liberté des techniques. Les atouts de sophistication graphique des nouvelles méthodes de publication améliorent les dispositifs d’impression de la poésie concrète. On pense aux compositions visuelles/verbales de Joseph Rosenblatt (Bumblebee Dithyramb, 1970) ou à la poésie en sonorités syllabiques de bill bissett (voirÉdition de langue anglaise).

Les programmes d’écriture créative se développent. Ils visent à améliorer les aptitudes des apprentis écrivains autant que celles des écrivains établis. Le Iowa Writers’ Workshop a formé des écrivains canadiens comme Clark Blaise, Dave Godfrey, W.P. Kinsella et William Dempsey Valgardson. La formation pratique dans de tels domaines ne va pas plus de soi que dans celui de l’écriture théâtrale et de la performance dramatique (voirThéâtre d’expression anglaise, Théâtre de langue anglaise). Au pays, vingt nouveaux théâtres ouvrent leurs portes, parmi lesquels figurent en bonne place le Tarragon, le Arts Club, le Citadel, le Théâtre de Neptune, le Factory Theatre et le Theatre Passe Muraille de Paul Thompson. Les écoles de théâtre, les théâtres pour enfants, le Shaw Festival, et les festivals de théâtre de Charlottetown et de Lennoxville ont tous donné un essor à la production de spectacles scéniques. On compte au nombre des nouveaux auteurs de théâtre : Carol Bolt, David Fennario, Dennis Foon, David Freeman, David French, John Gray, Robert Gurik, Herschel Hardin, Ann Henry, John Herbert, George Ryga et Beverley Simons. La troupe humoristique CODCO, formée à Terre-Neuve, ainsi qu’une industrie cinématographique renouvelée, ont permis de faire connaître un certain nombre de metteurs en scène canadiens, au nombre desquels figurent Norman Jewison et Claude Jutra.

Les institutions scolaires canadiennes se mettent à enseigner plus en détail la littérature canadienne. Cette évolution ne rencontre d’ailleurs pas un appui inconditionnel. Des doutes sont exprimés sur le manque de documentation, sur les ressources pédagogiques et sur la qualification des enseignants, en matière de lettres canadiennes. Pourtant, des publications savantes apparaissent et créent un espace permettant de mettre en place un débat érudit sur l’écriture à la canadienne (ECW, Journal of Canadian Studies, Studies in Canadian Literature, Canadian Children’s Literature, Room of One’s Own). Des précis et des traités comme le Survival (1972) de Margaret Atwood et le To Know Ourselves (1975) de Tomas Henry Bull Symons encouragent l’étude de la littérature canadienne, dans les institutions scolaires. Des sociétés savantes, comme l’Association d’études canadiennes, font leur apparition. Certains critiques craignent même que l’étude de la littérature canadienne ne suscite un engouement trop grand et que cela pousse le public et les érudits à négliger leur devoir d’implication dans la tradition de la littérature britannique. Cette inquiétude est mise en fiction et critiquée dans The Diviners (Les oracles, 1974) de Margaret Laurence. Dans ce roman, la protagoniste, une certaine Morag, se manifeste en tant qu’écrivaine canadienne par opposition à Brooke, son mari, qui, lui, enseigne la littérature britannique. Le triomphe final de Morag sur Brooke peut se lire comme une allégorie dans laquelle la culture canadienne en arrive à prendre ses distances face aux traditions britanniques. De façon similaire, le Survival de Margaret Atwood établit une distinction nette entre écriture canadienne et écriture américaine et britannique. Une telle analyse, dans un ouvrage très lu, révèle la profondeur et la valeur de la littérature canadienne aux yeux d’un pays qui s’intéresse désormais beaucoup à sa propre identité. Survival a suscité des débats passionnés sur la façon dont la littérature canadienne doit être analysée. Atwood, ainsi qu’un certain nombre d’autres critiques préconisant les analyses thématiques (John Moss, D.G. Jones et Northrop Frye), s’intéressent à la littérature en corrélation avec l’identité nationale. D’autres critiques, comme Frank Davey, jugent que ce cadre d’analyse est trop restrictif et ils concentrent plutôt leur attention studieuse sur la forme littéraire. Le débat autour du traité d’Atwood exemplifie clairement l’intensité de l’effort que les érudits investissent dans l’étude de la littérature canadienne. Celle-ci profite désormais d’appuis institutionnels solides et elle existe comme une véritable industrie disposant de ses publications, de ses mouvances, de ses communautés et de ses lecteurs.

Politique et multiculturalisme

Après le centenaire du Canada, et après que la première vague des baby boomers ait passé la vingtaine, un certain nombre de symptômes d’insatisfaction civile se font jour, et eux aussi en viennent à influencer les arts. Les attitudes et les comportements sociaux changent. Cela se constate dans le cas des mariages et des divorces, du contrôle des naissances, de la consommation de cannabis (voirUtilisation non médicale des drogues), du rôle des sexes (voirMouvement des femmes), de la critique des religions institutionnelles et de l’éducation classique, ainsi qu’à l’égard de l’ethnicité. Les changements sociaux au Canada sont analogues à ceux ayant cours aux États-Unis. Une différence importante se manifeste cependant. Elle tient au Québec. Après la mort du premier ministre du Québec Maurice Duplessis en 1959, et après le train de réformes mis en place sous la Révolution tranquille de Jean Lesage dans les années 1960, une nouvelle et virulente montée du séparatisme se fait jour. La violence éclate (la crise d’octobre de 1970). La répression s’ensuit (laLoi sur les mesures de guerre). Une définition alternative du nationalisme se met alors en place. Toutes ces questions sont hautement susceptibles de devenir des thèmes littéraires. Cela se manifestera notamment dans les œuvres d’Al Purdy et de Brian Moore. À mesure que la langue québécoise gagne en usage, le joual tend à devenir un vernaculaire littéraire, et le mot allophone devient un terme d’usage. Les traductions, depuis le français et quelques autres langues, se multiplient. Cela amène les anglophones à porter leur attention sur les œuvres d’Hubert Aquin, Louky Bersianik, Roch Carrier, Jacques Ferron, Anne Hébert, Antonine Maillet, Josef Škvorescký et Michel Tremblay. Le Canada n’a jamais été une monoculture. L’héritage ethnique, déjà hétérogène à l’époque coloniale, devient une priorité littéraire plus aiguë pendant cette période. Un grand nombre d’œuvres de fiction abordent la question des héritages italien, hongrois, tchèque, ukrainien, antillais, juif et chilien (voirCanadiens d’origine latino-américaine). Et pourtant, le recensement canadien ne reconnaît toujours pas la possibilité, pour un citoyen, de s’identifier à plus d’un héritage ethnoculturel avant 1981, et il ne reconnaît pas « canadien » comme ethnicité spécifique avant 1991. Aux environs des années 1980, les changements sociaux ont permis de produire une société canadienne multiculturelle qui tient à peu près la route. Elle n’est en rien homogène ou unanimement acceptée, mais elle fonctionne. De fait, les critiques du multiculturalisme canadien ont surtout fait valoir que son attention excessive portée sur la dimension culturelle minimise les inégalités concrètes et matérielles que subissent, sur une base quotidienne, les différentes communautés non dominantes de cette société.

De telles questions sociales ont amené les essayistes à embrasser une kyrielle de causes. Ils ont formulé des prises de position explicites contre l’ordre social établi (Milton Acorn et Tom Wayman, dans leur « poésie prolétarienne » gauchisante, et Rick Salutin, tant dans sa prose personnelle que dans la pièce de théâtre collective 1837) ou encore en faveur de la protection de la nature (Andy Russell, R.M. Patterson). John Porter expose les errances et les incohérences de l’égalitarisme canadien, quand il signe The Vertical Mosaic (1965). George Bowering remet en question l’imagerie conventionnelle de l’histoire et de la littérature canadienne, dans des œuvres de fiction comme A Short Sad Book (1977) et Burning Water (1980). George Woodcock produit une histoire de l’anarchisme intellectuel. George Grant exprime son conservatisme dans les traités Lament for a Nation (1965) et Technology and Empire (1969), où il s’oppose vertement à l’américanisation technologique du Canada. La perspective de George Grant influence les poètes Margaret Atwood et Dennis Lee (notamment dans Civil Elegies, 1972), ainsi que l’éditeur et auteur d’œuvres de fiction Dave Godfrey (notamment dans Death Goes Better with Coca-Cola, 1967). Dans son romanThe Last of the Crazy People (1967), Timothy Findley sélectionne l’Ontario comme le haut lieu de la brutale émergence du gothique. Et dans The Wars (Les guerres, 1977), il fait revivre le fiasco de la Première Guerre mondiale pour s’en prendre à une autocratie inepte et incompétente et ainsi exprimer haut et fort sa profonde passion pour la décence élémentaire (voirLa Première Guerre mondiale dans la littérature canadienne).

Histoire, peuples autochtones et environnement

Un nombre important d’autobiographies littéraires paraissent durant cette période (par exemple celles d’Irving Layton, Eli Mandel, David McFarlane, Kildare Dobbs, David McFadden et Fredelle Bruser Maynard). Chacune d’entre elles interprète à sa manière les contextes d’existence qui cernent et imprègnent la vie contemporaine. Henry Kreisel décrit son expérience de prisonnier dans un camp de détention canadien, au cours de la Deuxième Guerre mondiale (ouvrage paru chez White Pelican, 1974). Clark Blaise et Bharati Mukherjee (dans un récit rédigé en duo) évoquent une année complète passée à Calcutta. Bon nombre d’œuvres de fiction et de recueils de poésie sont autobiographiques (ou « autobiologiques » pour reprendre le mot de George Bowering). C’est le cas des œuvres de David Watmough. Les récits de Clark Blaise traitent inlassablement de son éducation compliquée et de ses interminables errances internationales. La poésie d’Eli Mandel et son activité critique s’enchevêtrent. La poésie et la prose de Daphne Marlatt font de « l’écriture au sujet de la vie » un engagement phénoménologique envers la totalité du monde. Plusieurs autres auteurs concentrent leur attention sur une figure historique individuelle et en font alors l’icône d’un moment psychologiquement et historiquement significatif. Ainsi, les dramaturges Carol Bolt et John Gray mettent respectivement en scène les implications politiques de la vie d’Emma Goldman et de celle de Billy Bishop. L’explorateur Samuel Hearne fait son apparition dans un poème de John Newlove. Louis Riel et Gabriel Dumont sont présents dans les œuvres de George Woodcock et de Rudy Wiebe, entre autres. Le musicien de jazz Buddy Bolden joue un rôle dans Coming Through Slaughter (1976) de Michael Ondaatje. Les Trudeau sont les personnages d’une pièce de théâtre de Linda Griffiths. Ce genre d’« écriture au sujet de la vie, » retenue comme véridique ou comme plus ou moins fictionnelle, reflète de profondes altérations dans la notion de subjectivité. À mesure que la fiabilité de l’idée de « vérité » immuable s’estompe, s’installe une remise en question au sein de laquelle les écrivains aspirent à faire émerger l’indétermination aléatoire de l’identité. Clark Blaise, par exemple, envisage les vérités sur lesquelles le tout-venant assoit sa vie quotidienne comme autant de « fictions utilisables. »

Écrire au sujet du passé canadien, sous forme d’autobiographies ou de textes de fiction, cela amène inévitablement certains auteurs à explorer les conséquences de la colonisation. Herschel Hardin, George Ryga et Michael Cook ont écrit des pièces de théâtre portant sur l’isolement des femmes des Premières Nations et sur des problèmes touchant la question de la colonisation euro-canadienne du Nord. Au nombre des romanciers et des romancières traitant ce type de questions, on compte James Houston, Alan Fry, Wayland Drew, Rudy Wiebe, Anne Cameron, W.P. Kinsella et Margaret Laurence. Au même moment paraît un florilège d’écrits autochtones touchant le problème du colonialisme et de ses effets durables sur les communautés contemporaines. Au nombre des écrivains métis, on compte Beatrice Culleton, Duke Redbird et Maria Campbell dont l’autobiographie intitulée Halfbreed (1973) a eu une grande influence en démontrant l’impact horrible et dévastateur des politiques gouvernementales, ainsi que de leur racisme, sur la vie des familles du peuple métis. Comme Maria Campbell, Lee Maracle, une écrivaine de la nation Stó:lō, a aussi produit une autobiographie intitulée Bobbie Lee: Indian Rebel (1973). Elle y met en relief les luttes que doivent mener les femmes autochtones au quotidien. On compte aussi au nombre des écrivains autochtones le grand-père de Lee Maracle, Dan George, poète, orateur public, et acteur au théâtre et à Hollywood. Basil H. Johnston a écrit de la littérature enfantine, des exposés non fictifs et des récits humoristiques sur la vie dans les réserves. Ils sont colligés dans l’ouvrage Moose Meat & Wild Rice (1978). Le recueil de poésie de la poétesse Rita Joe, intitulé The Poems of Rita Joe, a été publié en 1978. George Clutesi a procédé à une compilation de récits Tseshaht (voirNootka). Tous ces auteurs écrivent pendant la période historique qui voit la mise en place du Conseil national des Indiens (1961), du American Indian Movement (1968), des politiques fédérales assimilationnistes comme celles contenues dans le Livre blanc de 1969 du gouvernement Trudeau, et du système des pensionnats autochtones. Cette époque voit aussi des développements permettant aux autochtones de voter dans une élection fédérale sans perdre leur statut juridique d’autochtones. Un rapport de Thomas Berger, intitulé Northern Frontier, Northern Homeland (Le Nord : terre lointaine, terre ancestrale, 1977), recommande un moratoire sur la construction d’oléoducs et de gazoducs en territoires autochtones jusqu’à ce que la question des contentieux territoriaux soit résolue. Des rapports comme celui-là permettent de réformer les attitudes et les mentalités sur les questions concernant la conservation du territoire.

Un grand nombre des écrits portant sur le territoire touche la question autochtone. Mais d’autres auteurs abordent la problématique du territoire selon une approche plus globalement environnementaliste. Les Canadiens jouent un rôle significatif au sein du mouvement environnementaliste mondial. Le groupe Greenpeace, intervenant environnementaliste majeur, est fondé à Vancouver en 1971. Il s’agit alors de faire face aux tests de déflagration nucléaire. L’environnementaliste de renommée internationale David Suzuki amorce sa démarche de communicateur scientifique au cours des années 1970. Le livre pour enfants Owls in the Family (1961) de Farley Mowat aborde la question des soins à apporter aux animaux sauvages. Cette question est reprise dans un certain nombre d’autres ouvrages de Farley Mowat dont Whale for the Killing (1972), qui relate un incident au cours duquel des Terre-Neuviens se sont comportés violemment envers une baleine échouée. Cet ouvrage est basé sur des faits véridiques survenus à Burgeo, Terre-Neuve, où Farley Mowat vivait alors. Sans surprise, l’ouvrage est, au moment de sa parution, fort mal reçu par les citoyens de la commune de Burgeo. Voilà qui n’est pas le seul moment controversé de la carrière de l’auteur Farley Mowat. Ceci dit, il reste qu’il a publié, au cours de cette période, 15 ouvrages, tous fort lus, et qui ont attiré l’attention du grand public sur les questions environnementales. Cela fait de lui un auteur environnementaliste canadien de première importance. D’autres œuvres examinent l’influence, souvent négative, de l’être humain sur l’environnement. On peut citer, dans ce registre, The Disinherited (1974) de Matt Cohen, The Ledger (1975) de Robert Kroetsch, The Lost Salt Gift of Blood (1976) d’Alistair MacLeod, et Long Sault (1975) de Don McKay. L’ouvrage Steveston (1974) de Daphne Marlatt, illustré de photographies de Robert Minden, est le recueil archétypique de poésie environnementale. L’attention que l’auteure porte au fleuve Fraser, en Colombie-Britannique, un lieu solidement déterminé, quoique toujours fluent, lui permet de ruminer pensivement au sujet de la corrélation entre mobilité des flux et fixité des places. Elle aborde et contemple les migrations de saumons tout autant que le grand nombre de Canadiens de souche japonaise revenus dans leur coin de pays après avoir été internés, pendant la Seconde Guerre mondiale. La question du racisme, du sexisme et de la dégradation environnementale de cette zone industrielle fait aussi partie du tableau dépeint.

Questions de genre

La carrière de Margaret Laurence s’étend sur les années 1960 et 1970. Elle devient l’une des figures littéraires les plus admirées de la période et elle influence bon nombre d’autres œuvres abordant la question du genre. Ses premiers ouvrages, notamment The Tomorrow-Tamer and Other Stories (1963), sont inspirés autant des contes oraux traditionnels que de l’impact de l’histoire moderne. Ils ont pris forme pendant les années qu’elle a passées en Afrique de l’Est et de l’Ouest. Ses ouvrages d’après traitent de la vie des femmes à Manawaka, une transposition fictive de Neepawa, au Manitoba. Le « Cycle de Manawaka » retrace l’histoire de ces femmes depuis l’époque édouardienne, se voulant si stable, jusqu’à une suite complexe de rébellions et de réconciliations. On a là la formulation d’un rapport complexe au passé, à la famille et à peu près tout ce qui peut être étiqueté « autre », au sein de la communauté ou même au sein de l’être personnel même. Ces romans et ces récits incluent notamment The Stone Angel (L’ange de pierre, 1964), A Jest of God (1966, tourné au cinéma sous le titre Rachel, Rachel, 1968), A Bird in the House (1970) et The Diviners (Les oracles, 1974). Margaret Laurence montre comment on raconte sa propre histoire, c’est-à-dire tout simplement l’histoire issue de la parole ordinaire et montrant l’action de figures locales. Ce faisant, Margaret Laurence encourage activement la prise de parole des écrivaines et écrivains de la génération suivante. On pense notamment à Jack Hodgins, Joan Barfoot et cette flopée de conteurs et de conteuses qui ont enrichi la vie des femmes pendant ces décennies et plus tard encore, en écrivant des histoires de vie familiale entre sœurs, de mères et de filles, de femmes solitaires, d’accouchements et de vieillissement, d’épouses, de santé et de folie, dans les Prairies et partout ailleurs. Au nombre de ces écrivaines prolifiques, on compte Ann Copeland, Marian Engel (dont le roman Bear[1976], L’ours, est une parodie de The Heart of the Ancient Wood, 1902 de Sir Charles G.D. Roberts), Edna Alford, Sandra Birdsell, Sharon Butala, Janice Kulyk Keefer et Carol Shields.

D’autres écrivaines font entendre la voix des femmes d’autres façons. Il y a Betty Lambert et Margaret Hollingsworth au théâtre, Rachel Wyatt dans la comédie satirique, Patricia Blondal dans des narrations conventionnelles, Sharon Riis et Ann Rosenberg dans une prose plus allusive et expérimentale, Jane Rule exprimant le caractère ordinaire et normal du lesbianisme, les poétesses Dionne Brand, Judith Fitzgerald, Sharon Thesen, Anne Szumigalski, Suniti Namjoshi, Eva Tihanyi, Judith Copithorne, Colleen Thibaudeau, M.T. Lane, Erin Mouré et Pat Lowther questionnant le genre au sein du langage même. Les poèmes de Claire Harris et de Lola Lemire Tostevin mobilisent respectivement les idiomes caraïbe et québécois pour fracturer et affermir la langue anglaise qu’elles écrivent. Les premières œuvres de fiction d’Audrey Thomas, comme celles de Margaret Laurence, sont inspirées de ses années vécues en Afrique de l’Ouest. Le roman Mrs. Blood (1970) est le récit circonstancié de la conscientisation minutieuse et exacerbée d’une fausse couche. D’ailleurs le thème de l’enfant perdu est récurrent dans les fictions tardives de cette auteure, notamment dans Intertidal Life (1984) et dans Coming Down from Wa (1995). Les premières œuvres de fiction et de poésie de Margaret Atwood, au ton souvent sardonique, placent le féminisme, tout autant que les postulats mâles, sous la lentille du microscope. Parmi les 17 ouvrages qu’elle publie avant 1980 figurent The Edible Woman (1969), The Journals of Susanna Moodie (1970) et Life Before Man (1979). Exploitant tout l’éventail des modes littéraires, ces ouvrages font monter en crescendo la solide réputation internationale de Margaret Atwood, comme parolière consommée, voix narrative des temps présents, et championne ferme et articulée de la justice sociale. Le rapport de la Commission royale d'enquête sur la situation de la femme au Canada (1970) complète l’ensemble des réalisations littéraires de Florence Bird, en introduisant des changements graduels dans les pratiques sociales.

Genres, structures et formes

Certaines œuvres de la période jouent avec l’idée d’une altération des représentations et elles explorent des tentatives allant dans la direction du surréel et du discontinu (on pense par exemple aux ouvrages de Keath Fraser, Juan Butler, Leon Rooke, Michael Bullock). Ceci dit, il reste que la majorité des ouvrages de la période cultive une approche globalement réaliste des dispositifs narratifs (on peut ici citer les écrits de David Helwig, Terrence Heath, Austin Clarke, David Adams Richards, Ken Mitchell, John Metcalf, Hugh Hood). Les très courts textes et les récits originaux de Hugh Hood, notamment dans Around the Mountain (1967), jouent de façon novatrice avec les rythmes narratifs. Mais d’autre part, les douze volumes de son cycle de romans du « Nouvel Âge », amorcé avec The Swing in the Garden (1975), suit un personnage principal au fil du déroulement de sa trajectoire de vie, dans une longue confrontation entre la réalité du monde séculier et l’ensemble des ses croyances catholiques. Dans un des développements les plus significatifs de la période, Hugh Hood et John Metcalf se joignent à Clark Blaise, Ray Fraser et Raymond Smith pour former « The Montreal Story Tellers » (Les conteurs montréalais). Il s’agit au départ d’un petit groupe de personnalités scéniques qui portent une attention particulière à la pose de voix dans le récitatif et qui ont comme objectif d’attirer l’attention du public sur les qualités artistiques du texte court de fiction, comme genre. Cela a pour résultat de remettre le genre de la nouvelle en selle, dans l’histoire littéraire canadienne. Clark Blaise (notamment avec A North American Education, 1973) apparaît comme le plus éminent artisan des cinq. John Metcalf deviendra, pour sa part, un solide mentor d’auteurs et un important éditeur (avec Porcépic et Biblioasis Press). On compte au nombre de leurs contemporains des auteurs et auteures comme Norman Levine, Kent Thompson, Mavis Gallant, Alice Munro, George Elliott et Alistair MacLeod. La nouvelle « The Boat » de ce dernier connaîtra de multiples réimpressions. Toutes les nouvelles d’Alistair MacLeod sont d’ailleurs reconnues pour leur finesse psychologique et leur appréhension inimitable du rythme de la vie au Cap Breton. Le très elliptique The Kissing Man (1962) de George Elliott fascine bon nombre de lecteurs. Les récits de Mavis Gallant, surtout ceux colligés dans The Pegnitz Junction (1973) et From the Fifteenth District (1979), adaptent les procédures d’écritures modernistes (notamment le style indirect libre) à une présentation compréhensive du comportement ordinaire des gens dans la vie courante ou sous pression indues, comme en temps de guerre et d’après-guerre. Alice Munro installe, avec une vigoureuse limpidité, le Sud-Ouest ontarien dans chaque repli des pages de recueils de nouvelles comme Lives of Girls and Women (1971), Something I’ve Been Meaning to Tell You (1974) et Who Do You Think You Are? (1978). Cette auteure fait son apparition dans les années 1950, un peu dans l’ombre du « réaliste urbain » Hugh Garner, mais elle le surpasse rapidement et gagne l’estime du public et de la critique. Les personnages d’Alice Munro refusent habituellement d’oublier le passé, ils ne s’excusent pas pour leurs actions ou pour qui ils sont, et ils assument sereinement les ressources limitées et restreintes du présent. Les lecteurs réagissent positivement à ces personnages. Ils apprennent aussi à bien apprécier les spécificités du style d’Alice Munro, son ironie, son imagerie très particulière, et l’exploitation talentueuse qu’elle fait de la formule du récit dans le récit.

D’autres formes de fiction ont recherché une façon indirecte d’exprimer l’implication sociale, en misant notamment sur l’influence montante de la pensée mythopoétique et des dispositifs narratifs de la contre-culture. Dans le sillage de la théorie du mythe de Northrop Frye (mise en application, en littérature canadienne, notamment dans son recueil d’essais The Bush Garden, 1970), plusieurs auteurs ont construit des fables, en se donnant un cadre narratif incorporant les archétypes de Jung. En poésie, le recueil Welcoming Disaster (1974) de Jay Macpherson exprime une quête spirituelle dans le monde souterrain de la psyché féminine. D.G. Jones imagine les implications découlant des cooccurrences d’événements et il les configure comme des papillons sur un rocher, dans « Butterfly on Rock. » Les dernières œuvres de fiction de Robertson Davies, tout comme les romans posthumes de Malcolm Lowry et les poèmes et pièces de théâtre de James Reaney, adaptent et ajustent les mythes à l’analyse de la culture et de la pensée. La trilogie Deptford de Robertson Davies tout particulièrement, qui s’amorce avec Fifth Business (Cinquième emploi, 1970), retrace le rôle que jouent, dans l’équilibre psychologique et social, un certain nombre de figures jungiennes (ami, ennemi, anima, animus, persona). Dans l’analyse que fait Robertson Davies du Canada, tout comme dans la poésie de Robin Skelton (lui-même un « sorcier » autoproclamé), les mythes et la magie constituent une force d’opposition faisant ouvertement face à la retenue protestante. Dans un autre registre, l’œuvre de W.P. Kinsella et les romans de jeunesse de Monica Hughes jouent avec la fantaisie. Paul St. Pierre joue, lui, de l’anecdote. Margaret Atwood et David Arnason écrivent des parodies de contes de fées. La notion de parodie est d’ailleurs définie ici, de façon toute novatrice, comme une stratégie ne visant pas à minimiser le récit auquel on fait allusion mais visant plutôt à lui surajouter le second étage bien imbriqué de la nouvelle histoire qu’on raconte, de façon à les rendre audibles ensemble et à prendre la mesure de la tension qui s’installe entre elles deux. Moins ouvertement jungiens et plus dans l’inspiration du chaos comique et de la quête de l’Odyssée, les écrits de Robert Kroetsch et de Jack Hodgins font affleurer l’attrait ressenti, dans les années 1970, pour l’œuvre de ces « réalistes magiciens » sud-américains que sont Jorge Luis Borges et Gabriel García Márquez. Chez ceux qui s’inspirent de ces derniers, les amplifications de la vie ordinaire brouillent la frontière entre narration historique et narration inventive. On peut citer, par exemple, les récits The Studhorse Man (L’Étalon, 1970) et Badlands (1975), ainsi que le long poème Seed Catalogue (1977) de Robert Kroetsch, et aussi le roman The Invention of the World (1976) de Jack Hodgins. Ces œuvres explorent le désir sexuel, la dimension passionnelle du souvenir, et la frontière intime entre le monde de l’engagement conjugal et le monde de l’idylle romanesque. Elles représentent ici, émises en même temps, un croassement strident et un commentaire sérieux et pondéré sur les attraits de l’illusion extravagante.

La littérature canadienne est nationaliste à l’égard de certains thèmes qu’elle traite ainsi que dans la dynamique de son institutionnalisation. Elle est, par contre, fort hétérogène, pour ce qui en est de sa prise de parti sur la question des genres littéraires, des techniques d’écriture et des sujets traités. C’est cette tension entre l’influence prépondérante du nationalisme culturel et un fourmillement de priorités sociales et artistiques locales, régionales et internationales qui fonde la définition de la littérature canadienne d’expression anglaise, entre 1960 et 1980.

Voir aussi Littérature de langue anglaise.

Lectures suggérées

  • Margaret Atwood, Survival: a Thematic Guide to Canadian Literature (1972); Donna Bennett and Russell Brown, eds., An Anthology of Canadian Literature in English (3rd ed., 2010); D.M.R. Bentley, The Gay]Grey Moose: Essays on the Ecologies and Mythologies of Canadian Poetry 1690-1990 (1992); E.D. Blodgett, Configuration: Essays in the Canadian Literatures (1982); Frank Davey, Canadian Literary Power: Essays on Anglophone-Canadian Literary Conflict (1994); Frank Davey, Post-National Arguments: The Politics of the Anglophone-Canadian Novel Since 1967 (1993); Frank Davey, Reading Canadian Reading (1988); Frank Davey, Surviving the Paraphrase (1983); Frank Davey, When TISH Happens: The Unlikely Story of "Canada's Most Influential Literary Magazine" (2011); Douglas M. Daymond and Leslie Monkman, eds., Towards a Canadian Literature: Essays, Editorials and Manifestos (1984); Northrop Frye, The Bush Garden: Essays on the Canadian Imagination (1971); Colin Hill, Modern Realism in English-Canadian Fiction (2012); Coral Ann Howells and Eva-Marie Kroller, eds., The Cambridge History of Canadian Literature (2009); Linda Hutcheon, The Canadian Postmodern (1988); Carl F. Klinck, ed., Literary History of Canada, 3 vols (2nd ed., 1976); Richard J. Lane, The Routledge Concise History of Canadian Literature (2011); Leslie Monkman, A Renaissance in Context: Canadian Literature in the 1960s (1982); Laura Moss and Cynthia Sugars, eds., Canadian Literature in English: Texts and Contexts (2009); W.H. New, ed., The Literary History of Canada (2nd ed., Vol. 4, 1990); W.H. New, A History of Canadian Literature (2nd ed., 2003); W.H. New, ed., Canadian Writers Since 1960 (1986); W.H. New, ed., Encyclopedia of Literature in Canada (2002); Ken Norris, The Little Magazine in Canada, 1925-80 (1984); Susan Rudy and Pauline Butling, Writing in Our Time: Canada's Radical Poetries in English (1957-2003) (2005); David Staines, ed., The Canadian Imagination: Dimensions of a Literary Culture (1977); Paul Stuewe, Clearing the Ground: Canadian Literature After Survival (1984); William Toye, ed., The Oxford Companion to Canadian Literature (1983)

La section « Histoire » de l'article Électron est une chronologie détaillée de l'étude expérimentale de l'électricité.

L'électricité existe depuis les débuts de l'univers. Son histoire vue par les hommes remonte aux débuts de l'humanité, car l'électricité est partout présente, très discrète la majorité du temps. Elle se manifeste parfois de manière très spectaculaire et brutale: par exemple sous forme d'éclairs associés au tonnerre et à des destructions. Sa théorisation et sa compréhension sont relativement récentes, au regard de la très longue période d'applicationsempiriques imaginées par les hommes. L'électricité et le magnétisme étaient deux phénomènes physiques distincts avant leur association avec la théorisation de l'électromagnétisme au XIXe siècle.

Cet article propose de retracer les tentatives des hommes pour comprendre, contrôler, utiliser et rationaliser ce transmetteur d'énergie et de messages devenu totalement incontournable depuis le milieu du XXe siècle.

De l'Antiquité à la Renaissance[modifier | modifier le code]

La foudre est perçue chez l'homme depuis la Préhistoire avec son côté dangereux et sa projection psychologique pour l'homme de la puissance et du potentiel. Depuis, "la" foudre[La 1] fournit une partie des mythes concernant l'Homme et la Nature (mythes qui sont dans l'Antiquité la fondation de l'art, reflet "mimétique" de l'ensemble de l'univers entourant l'homme, c'est-à-dire donnant la beauté). La foudre[La 1], à la fois éclair et boule fondateurs de l'électricité[note 1], a pour côté utile la médecine dès la Préhistoire. Les phénomènes lumineux (Feu de Saint-Elme) en cas d'orage, dus à ce qui sera appelé l'« électricité », sont considérés dans l'Antiquité comme des étoiles avec leurs sons et montrent un bon ou mauvais présage.

Électricité et magnétisme en Grèce antique[modifier | modifier le code]

Le terme « électricité » a pour racine le mot grec « êlektron » (ήλεκτρον) qui désigne l'ambre jaune, une résine fossile possédant des propriétés électrostatiques. De la même manière, le terme « électromagnétique » fait référence à la pierre de magnésie, un aimant naturel utilisé dès la Haute Antiquité (Magnésie est à l'origine une cité grecque, aujourd'hui située à l'ouest de la Turquie).

Ces deux racines indiquent que les effets de l'électricité et du magnétisme ont été découverts tôt dans l'histoire de l'humanité. L'aimantation naturelle, l'électricité de la laine, sont autant de phénomènes que les Hommes apprirent à connaître et à utiliser.

Chez les Hellènes, à Thalès de Milet on attribue la paternité de la réflexion sur l'électricité[extrait 1], plus précisément sur l'électricité statique et le magnétisme. Toutefois, seuls des textes apocryphes témoignent de son intérêt vers 600 av. J.-C. pour ces phénomènes (c'est Diogène Laërce, au IIIe siècle, qui rapporte les propos d'Hérodote et d'Hippias d'Élis sur le savant grec). D'après ces textes, Thalès semblait accorder « une âme aux choses qu'on croyait inanimées ». La triboélectricité (celle de la laine), était déjà connue, mais ne pouvait être expliquée autrement que par une vision animiste de la matière, sa structure et ses propriétés physiques et chimiques étant alors hors d'une perception possible autrement que par les effets[La 2].

  • Illustration des propriétés électrostatiques de la résine frottée

Électricité en Mésopotamie[modifier | modifier le code]

Les mésopotamiens au IIIe siècle av. J.-C. utilisaient de curieux objets, surnommés aujourd'hui, «pile électrique de Bagdad ». Ces poteries sont nommées ainsi depuis que quelques archéologues du XXe siècle ont émis l'hypothèse qu'elles auraient servi de piles électriques. Cette hypothèse est toujours controversée de nos jours, notamment parce qu'il manque les éléments de connexion essentiels pour transmettre l'énergie électrique produite.

Utilisation du magnétisme de l'Extrême-Orient à l'Occident[modifier | modifier le code]

En Chine, voir le Classique des documents, les propriétés magnétiques sont utilisées par les devins à partir des IIe et Ier siècles av. J.-C.. Des tables de divinations magiques sont fabriquées sans usage pour l'orientation dans l'espace. Mais de là dérive la première boussole qui indique le sud: elle est perfectionnée après le Ier siècle de notre ère.

La boussole sera progressivement utilisée en Asie pour la construction de bâtiments terrestres pour orienter leurs ouvertures et pour la navigation sur des bateaux. De plus, on découvre sous la dynastie Tang (618-907) la discordance entre le pôle Nord magnétique et le pôle Nord géographique.

Récupérée par les Arabes, la boussole arrive en Occident au XIe siècle, cela relance l'étude de la science des aimants, le magnétisme. L'effet des éclairs lumineux pendant les orages sur le comportement de l'aiguille de la boussole est consigné par les navigateurs[L1b 1]

  • Maquette d'une cuillère indiquant le sud (Boussole 206 av. J.-C. à 220 apr. J.-C.).

  • Position du pôle magnétique par rapport au pôle géographique.

Usage de l'électricité produite par des êtres vivants[modifier | modifier le code]

L'électricité produite par des êtres vivants, en particulier des poissons électriques, est également connue depuis l'Antiquité. On trouve par exemple des bas-reliefs de l'Égypte antique représentant des poissons-chats électriques. Par ailleurs, une mosaïque de Pompéi représente une torpille commune. Scribonius Largus, sous le règne de l'empereur Claude Ier (41-54 apr. J.-C.) décrit un traitement contre la migraine ou contre la goutte qui utilise les décharges électriques (d'environ 250 volts[V 1] produites par un poisson torpille.

La Renaissance[modifier | modifier le code]

La naissance de la science expérimentale reproductible en dehors du raisonnement abstrait philosophique propre à l'Antiquité apparaît au XIIIe siècle, elle est associée à l'alchimie opératoire. En Angleterre Robert Grossetête amorce cette voie par la géométrie et en France Roger Bacon[L24 1] prône la nécessité de la mathématique (en plus de l'énumération, ces moines qui sont encore dans l'usage de la langue noble pour la pensée qu'est le latin font usage de la numération de la vie ordinaire de leur époque, un système devenu plus aisé que le système grec-romain).

XVIIe et XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

Un tournant historique[modifier | modifier le code]

Le XVIe siècle[extrait 2] « temps des inventions » de la Renaissance avait été précédé par une inventivité forte pour ce qui concernait la science de la construction qui avait expérimenté des méthodes pour lutter contre la pesanteur.

Au cours des siècles précédents, en Occident, est imposé le conservatisme de la connaissance par l’Église chrétienne monothéiste, qui remplace les structures de l'Empire romain. Elle adopte la philosophie naturelle et la physique d'Aristote, l'astronomie et la géographie de Ptolémée, les deux principales synthèses scientifiques héritées de la culture hellénistique. Elle qualifie[L34 1] les pratiques et les savoirs par une normalisation du surnaturel. La formalisation des phénomènes électriques et magnétiques par les érudits, exprimant la nouvelle curiosité, s'appuie sur une structuration de conception de l'univers qui « a horreur du vide ». La foudre avec sa lumière est à l'époque un « phénomène divin », c'est-à-dire « normal ».

L'utilité de la connaissance, si elle prend son sens économique pour l'échange des matières et des fabrications, n'est pas, à l'époque naissante de la philosophie des Lumières, du tout appliquée en prévision économique sur la connaissance de ce que sont les rapports entre force, énergie, mouvement. L'aspect raisonnable ou logique des phénomènes physiques que l'on veut reproduire est formalisé en appui sur la mathématique qui quitte la simple expression de la beauté harmonique dans le monde et son unicité fondamentale, donnée selon le concept de Dieu et ses créations, par les évolutions de la numération et des calculs et pose la notion de continuité et de rupture dans un déterminisme total[La 2].

Dans ce cadre, l'utilité des phénomènes électriques expérimentés est essentiellement celle du plaisir de la connaissance[L1b 2] et de sa mise en spectacle[V 1].

Dans la période entourant 1600, variable selon la région d'Europe, un large courant culturel de progrès pour séparer l'imaginaire de la réalité s'établit, avec les cabinets de curiosités, une trentaine en Europe, dans lesquels on trouve des objets d'ambre, de porcelaine, de soie, des plumes[E 1]... Les échanges épistolaires entre les différents tenants sont très nombreux et très rapides[E 1]. Ils motivent les participants par delà leur "nationalité", mais en expérimentant selon leur "philosophie naturelle" locale, pour prendre « connaissance » dans un ordre naturel des choses bien défini avec le monde non encore "classifié" selon son sens moderne[E 1]. Les cabinets précèdent les salons où se rencontrent les savants au XVIIIe siècle[E 1].

Débuts de la théorie[modifier | modifier le code]

En 1600, William Gilbert assimile la Terre à un gros aimant[L1b 3] expliquant les pôles Nord et Sud. Lorsqu'il étudie les boussoles, il compare les attractions d'un aimant et de l'ambre: sur le même effet attractif que la composante "magnétique" de l'aimant, il invente pour l'ambre le mot "électrique"[L1b 3]. De là nait ce qui s'appelle l'électricité[V 1].

Depuis 1646 en Angleterre le terme « électricité » est employé dans la trilogie « gravité, magnétisme, électricité »[La 3] dont Isaac Newton est un[extrait 1] des mathématiciens-philosophes.

En 1660, Otto von Guericke crée une production d'électricité expérimentale avec une boule de soufre frottée par rotation: il constate des étincelles qu'il compare avec les éclairs[L1b 1]. Une lumière a probablement été vue à partir de cette machine.

En 1669, Hennig Brand découvre le phosphore, avec la lumière qui en est issue[1].

En 1676, Ole Christensen Rømer évalue la vitesse de la lumière à l'Observatoire de Paris[L1a 1].

Entre 1676 et 1689Gottfried Wilhelm Leibniz le mathématicien-philosophe propose une théorie vectorielle de la force vive, la « conservation de l'énergie de mouvement relatif des objets » par rapport au temps dans leurs systèmes autonomes. Il est en opposition au mécanisme théorique de Newton et Descartes issu du « plein » de la "chose étendue" reliant toute chose, les perceptibles comme les immatérielles.

En 1733, l'intendant Du Fay, en France examinant l'attraction et la répulsion de corps électrisés par frottement, distingue une électricité positive et une électricité négative[La 4] (électricité résineuse venue de l'ambre et du soufre, électricité vitreuse ou vitrée venue du verre).

En 1746, le docteur Maimbray en Écosse procède à l'étude de l'effet de l'électricité sur deux plantes, en prémices de l'« électroculture[extrait 3] ». Dans cette période des suppositions sont établies de l'existence de l'électricité dans le corps vivant[L24 1] faites à la suite de l'usage de machine électrostatique.

En 1747, Jean le Rond D'Alembert établit l'Équation de d'Alembert de propagation d'onde. (Elle est analogue aux quatre équations de Maxwell du XIXe siècle)[L1b 1].

En 1752, Benjamin Franklin a la vision théorique que la foudre est un phénomène dû à l'électricité et invente le paratonnerre: il est mis en place[V 1] en France en toute première application par de Buffon et Dalibard pour le démontrer.

Vers 1770 une expérience de Luigi Galvani, en Italie, va avec des cuisses de grenouilles mises en contact avec différents métaux, mettre en évidence le phénomène de nature nouvelle: la contraction des muscles d'un animal. Pour lui, « l'électricité animale est une électricité d'une nature différente de celle de l'« électricité de la foudre ». Elle n'est pas en mouvement et se situe dans le corps: il écrit en 1786« de ANIMALI ELECTRICITATE »[V 1].

Cependant en 1773, le chimiste Henry Cavendish en Angleterre a fabriqué une "maquette" de poisson-torpille avec des bouteilles de Leyde (connues depuis 1745) imbriquées enterrées. Et une "électricité" de même nature que la foudre — puisque venant du système du ciel et du sol — y a été constatée avec les mêmes effets contractants (environ 2 500 V) que l'électricité animale du poisson-torpille (environ 250 V)[V 1].

En Italie, Luigi Galvani qui est un tenant de l'« ordre divin » où « Dieu donne vie » est opposé philosophiquement à Alessandro Volta, ils appartiennent à deux Universités concurrentes[V 1]. Vers 1800, Volta, afin de démontrer et confirmer son point de vue sur les phénomènes électriques, part des observations antérieures du poisson-torpille, simule les nombreux petits muscles interstitiels par des cartons imbibés entre des plaques et surtout les empile en série[L15 1]. Il met au point le premier objet qui fournisse de l' « électricité » sans transformation d'un mouvement mécanique et de façon continue: la pile voltaïque ancêtre de la pile électrique[V 1]. Le « fluide électrique » ayant des « goûts différents sur la langue» selon leur inventeur (électricité générée par la transformation chimique de métaux avec la salive).

Le courant continu "artificiel" de basse tension est ainsi une conséquence de la tenue des expériences sur le vivant animal démonstratrices des philosophies différentes[V 1]. Elle montre que la recherche initiale de la connaissance physique est intuitive et associée à la perception par les sens humains.

Premières découvertes : électricité statique[modifier | modifier le code]

Les premières recherches factuelles concernant l'électricité avant l'avènement de l'électromagnétisme, se focaliseront sur la charge électrique[La 5] des objets donnant les phénomènes électrostatiques.

Précédemment observée par ses effets d'attirance des corps légers ou bien de "décharge" par étincelles, l'électricité résineuse ou vitreuse en équilibre dans les corps "chargés" (en analogie avec la charge pondérale et le matériel de levage) aboutit au concept d'« électricité statique ». Avec la production d'une "charge" d'électricité avec des machines « à frottement »[V 1] peuvent commencer les premières expérimentations concrètes. Le premier exemplaire pratique fut celui de Francis Hauksbee avec un globe de verre en 1705.

Suivant les façons de faire en bonne société, des spectacles popularisent « l'électrique » (terme anglais « electric » d'époque) grâce aux pouvoirs de fascination de ce qui devient le « nouveau feu sacré » dans le monde du merveilleux.
On crée alors la « physique amusante », physique scientifique qui s'occupe de la « danse électrique », de la « bluette », petite étincelle sortant du doigt s'approchant d'un corps chargé...Ainsi des « électriciens »[V 1] (présentateurs) se chargent en électricité capable par décharge de produire des étincelles pouvant allumer de la poudre noire, enflammer de l'alcool ou fournir une secousse aux spectateurs. La mode est de faire l'expérience de la « béatification électrique »[V 1] chaise isolante sur laquelle se tient une personne portant une couronne métal produisant un halo (d'électroluminescence dû au champ électrique), spectacle du physicien Georg Matthias Bose[L16 1],[2].

L'utilisation médicale antique de l'électricité (#L'usage de l'électricité produite par des êtres vivants) se poursuit dans les mêmes temps. Jean Jallabert, utilise une machine électrostatique en 1748 et parvient à obtenir une amélioration notable en dirigeant la décharge sur les muscles d'avant-bras chez un patient paralysé.
L'utilisation thérapeutique de l'électricité se répand en Angleterre, elle est documentée dès 1767 à Londres, avant les démonstrations anatomiques de Luigi Galvani vers 1770.
Jean-Paul Marat en août 1783 se voit décerner le prix de l'Académie de Rouen pour son Mémoire sur l'électricité médicale.

Ramsden qui est essentiellement un opticien s'intéressant au repérage des étoiles, en 1766 fabrique sur le mode utile une première machine avec boule de chargement d'électricité qui remplace les machines de Hauksbee à globe de verre. L'effet de pointe déjà vu par Benjamin Franklin y est utilisé.

En 1785, après les travaux de Benjamin Franklin, Luigi Galvani, Henry Cavendish - qui a établi que le « fluide électrique se déplace en surface »[L1b 1] - et les constats d'existence de l'électricité donnés par les électroscopes, mais avant les travaux d'Alessandro Volta, Charles Coulomb présente un deuxième mémoire à l'Académie des sciences. Il expose la loi selon laquelle les corps chargés électriquement interagissent avec la quantité d'électricité (charge électrique) et la distance géométrique. Il développe la Balance de Coulomb instrument de démonstration et de mesure permettant la vérification de sa loi en indépendance de la nature de l'électricité en discussion: animale ou foudroyante, positive ou négative.

Conduction électrique[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle les expériences de Stephen Gray[V 1] marquent la découverte de la conduction électrique et distingue les matières isolantes et conductrices. Dans des spectacles basés sur l'électricité « positive [La 4] », en 1720, il met en scène ses « electric boys », jeunes garçons suspendus au plafond par des balancelles munies de cordes en soie ou isolés du sol sur des tabourets en verre. Électrisés, ils émettent des étincelles si on place un conducteur devant eux ou attirent avec leur main des feuilles d'or. En février 1729, ayant frotté un grand tube de verre fermé par deux bouchons de liège, il constate « qu'il y avait certainement une « vertu[3] attractive  » communiquée au bouchon par le tube excité ». Il parvient alors à transmettre sur de grandes distances le pouvoir d'attraction en utilisant une ficelle de 80 mètres de longueur environ, suspendue par des fils de soie. L'expérience échoue avec la suspension par des fils en laiton, amenant Gray à diviser les substances en isolants et conducteurs[4].

La découverte de la bouteille de Leyde contenant de l'eau comme récepteur de la charge électrique stockée par l'isolation du verre donne en 1745 l'ancêtre des condensateurs avec leur conception du matériau diélectrique.

Mais surtout, par le hasard[V 1] expérimental à Leyde, on remarque la secousse plus violente de la décharge de l'électricité reçue par lui si l'expérimentateur est en contact avec le sol. Par l'analogie faite avec le transport des fluides liquides portés sur un bateau naviguant sur un autre fluide liquide[V 1], la mer immense et sans mouvement de descente, l'électricité est théorisée comme un élément à charge de deux natures: électricité positive et électricité négative qui s'annulent mutuellement et fournissent une force puissante entre la machine de charge et la planète Terre. Il s'agit du « fluide électrique » en excès ou en défaut dans la matière (dont la nature "atomique" n'est pas envisagée au XIXe siècle[L1b 1]).
La notion de courant électrique est née: l'électricité n'est plus seulement statique.

Dans la période 1780 Henry Cavendish a imaginé cette notion de « charge condensée d'électricité qui est proportionnelle au "degré d'électrification" (différence de "potentiel électrique[La 2]") » de la bouteille[L1b 1].

Fin du XVIIIe siècle, on s'interroge beaucoup sur le lien entre l'électricité et la vie, on marque de l'intérêt pour les « poissons foudroyants »[5].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Courant électrique dans la société[modifier | modifier le code]

Au cours de ce XIXe siècle, la formalisation des phénomènes électriques et magnétiques s'appuie sur une structuration de conception par l'esprit en Occident: la « pensée moderne ». Elle a pour maxime[extrait 4] institutionnelle « Scientia et Labore » (savoir et travail -lat.).
Elle est une reprise et continuation de la théorie de[extrait 1],[L10 1] Newton constituée en mode de pensée analogique - partant de phénomènes ordinaires tels que les courants d'air légers pouvant emporter une plume et la pomme qui tombe et aboutissant au CQFD des mathématiques.
Cette théorie donnant les lois de l'électricité est celle des flux, les fluides ou forces associés aux distances géométriques sans transport de matière, et des entités -(quantités définies unitairement) toutes mesurables même si non visibles et sans masse perceptible.

La réforme de la science chimique et physique à la Révolution française élimina la théorie culturelle des « quatre (ou cinq) éléments[6] et des « humeurs ».

Avant cela historiquement, la conception du « plein » et du « vide » posait un questionnement au XVIIe siècle avec par exemple la formulation de l'atmosphère terrestre en épaisseur, forme et consistance (l'invention du corps physique « gaz » est débutée par un médecin vers 1670 qui amorce la substitution de la chimie[L1c 1] à la place de l'alchimie).

Au XIXe siècle cela se poursuit dans la science pour les deux éléments métaphysiques préalables à la démarche de Newton[7] du « rien » et du « quelque chose », résolus ultérieurement à l'aide de la théorie des ensembles mathématiques qui produira une image correcte de la réalité.
Physiquement « le plein » a une transparence à la lumière qui est un problème, et pour ce qui concerne une vision avec « le vide », la conduction de rayonnement attend aussi une explication; Ils peuvent véhiculer des « fluides ».
On fait alors usage des inventions pratiques comme celle de l'« éther »[L1b 1] (dispositif « faux » abandonné[L14 1],[La 6] ultérieurement) et de l'ion[8] (dispositif qui sera reconnu « vrai » lorsque les moyens techniques le permettront).
On effectue une théorisation déterministe[note 2],[La 7] de « savoir exact[L34 1] » et qui s'appelle la « Science »[L3 1].
On applique cependant la terminologie grecque qui était, elle, issue de la pensée philosophique de la création « sacrée[extrait 5] ».
Un vocabulaire sur l'électricité se constitue[extrait 6] avec pour références initiales les machines à frottement qui sont « chargées[La 5] » d'électricité statique, plus la puissance électrique fournie par la chimie avec les électrodes et enfin le magnétisme[9].

En même temps se formule une religion[L5 1] dogmatique[note 1] du progrès humain[extrait 4] par la science[note 3] pour dire le « pourquoi » des choses, cela avec des concepts de « principe universel »[L1c 2] en équivalence avec celui de la religion (Scientisme)[extrait 7].

Le constat, dans la période 1820-1825 par André-Marie Ampère lorsqu'il définit la loi du « Bonhomme d'Ampère », que l'aiguille aimantée ne pointe pas vers le fil électrique trouble toute la communauté des savants, qui n'y trouve pas d'explication. Ceci n'est pas cohérent avec la théorie Newtonienne de la Mécanique qui comprend force et direction et vitesse du mobile liés.
La « Recherche fondamentale » se déploie pour trouver une explication, c'est le constat qu'il existe une autre « sorte de force »[10].

En 1831, Michael Faraday aborde la notion de « courbes magnétiques » avec de la limaille de fer jetée sur un papier au dessus d'un aimant : elles dessinent des « lignes de force », celles du « flux magnétique ».
La notion de « champ » pour la science des phénomènes comportant un effet mécanique est née[11] avec les repères cartésiens.

La mathématique qui doit représenter cela aborde l'« espace vectoriel » de façon topologique avec le nombre complexe. Cet espace deviendra normé en fin de siècle et cet espace reposera encore la notion Leibnizienne de l'infini du siècle précédent.

La nature de l'électricité et du magnétisme est hors de portée de la perception sensorielle humaine usuelle, qui ne perçoit en permanence que la gravité, elle se définit par l'usage conventionnel.
Ainsi naît la houille blanche, par analogie de pensée expérimentale[extrait 7] avec le courant puissant de l'eau et de ses chutes canalisées, effective au tournant du siècle à partir de la Suisse et l'Autriche puis la France, par le turbinage électrique, qui continue le modèle des moulins mécaniques vent et eau très implantés dans l'industrialisation naissante au Moyen Âge. L'époque du XIXe siècle est encore celle de la houille en usage industriel intense dans la métallurgie; ce terme est un mot imagé pour désigner toute forme d'énergie, sa distillation ayant donné au début su siècle le gaz manufacturé. Cette époque de l'énergie nécessaire à son fonctionnement de production d'objets dans les pays développés démarre aussi en son milieu l'usage du pétrole.

L'utilité économique (brevet) des phénomènes que constituent[L1b 2] le « courant électrique », le « champ électrique », le « champ magnétique » et, les « ondes », est la motivation de la recherche des lois qui modélisent. Dans cette démarche de progrès le hasard a sa part. C'est une démarche autant pragmatique que scientifique, (par exemple l'électrotechnique[12] des machines à noyaux plongeurs reprenant le « Système bielle-manivelle » des machines à vapeur existe en même temps que celle des machines rotatives).

Le déterminisme de la physique classique[13] se met en place pour la pratique avec l'invention des premiers appareils de mesure du « courant électrique ». André-Marie Ampère définit la première unité de mesure du courant électrique, l'intensité d'un courant électrique, aboutissant au premier ampèremètre en 1821, il crée et définit les termes distinctifs « électrostatique » et « électrodynamique », il invente le terme de « tension électrique[La 8] »[L1b 1].

La curiosité sur les phénomènes dans leur ensemble se poursuit, elle amène à quantifier pour former les caractéristiques: ainsi la vitesse de propagation de l'électricité est l'objet de recherches analytiques[L20 1] essentiellement en Allemagne.

En 1832 Joseph Henry crée l'unité de mesure d'induction électrique qui servira à calculer tout ce qui utilise l'« électromagnétisme »[L23 1].

L'électricité est un nouveau média technique qui permet la communication à distance dès le milieu du XIXe siècle en remplacement du télégraphe optique (avec un langage articulé à trois états électriques: rien, créneau bref, créneau long)[V 2]. Elle fait l'objet d'une Convention télégraphique internationale[extrait 8] avec son usage généralisé après la première liaison Baltimore-Washington aux États-Unis (1844)[14]. La téléphonie se développe[L23 2], elle permet une télécommunication instantanée installée dans des zones d'habitat dense.
L'électricité « vecteur de message » autrement dit « vecteur de communication » ou encore « vecteur d'information » est né. Il existe en importance applicative avant le « vecteur énergie ».

L'électricité peut devenir à la fin du XIXe siècle une énergie produisant des mouvements mécaniques à source distante, le hasard de l'installation[note 4] d'un « circuit électrique » entérine le constat de la conversion pratique en énergie cinétique et de la réciprocité.

Cet usage possible s'ajoute à ses utilisations potentielles déjà constatées à partir des effets calorifiques, lumineux et chimiques.

C'est l'aboutissement de l'avancement technique préalable des industries des matériaux conducteurs et cela induit le développement des ateliers et usines d'emboutissage et de tréfilage d'alliages de cuivre amagnétiques, ceux d'aciers résistants (fils électriques, "résistances électriques"[note 5]).
En même temps s'effectue la croissance de l'industrie des isolants électriques avec le développement des industries du verre, de la porcelaine-céramique, du caoutchouc ou du bois. À ces matériaux déjà en place pour d'autres usages s'ajoutent au début du XXe siècle la bakélite et les vernis puis les huiles pour la science du bobinage[note 6]. La science mécanique des plaques et coques et profilés métalliques assemblés est mise à profit, l'industrialisation devient possible.

L'électricité peut alors sortir d'une production utile et non expérimentale jusqu'alors essentiellement obtenue par des effets de réactions chimiques, que cela soit pour des communications ou encore à ses débuts la fabrication de la lumière artificielle, etc. Elle entre alors dans la conversion d'énergie physique[L37 1].

L'électricité est une nouveauté conceptuelle pour son époque, elle se détache de son aspect d'outil, elle sucite un engouement populaire dans le dernier tiers du XIXe siècle.
La culture moderne est aidée dans sa diffusion par la prospérité des revues, journaux et affiches de communication.

L'électricité est déclinée à cette époque dans les pays comme Les États-Unis, l'Angleterre, la France sous son aspect scientifique dans les feuilletons de journaux, et du théâtre[15] autant que sous son aspect d'idéal ludique.

Le transport d'électricité change le paysage des pays qui en développent l'usage sur des distances qui peuvent être longues; Cela surtout si l'énergie vient de l'eau[L23 3].

Les zones urbaines commencent à se différentier plus fortement encore à la fin du siècle; L'habitat somptueux nouveau est dans cette pratique fortement ostentatoire[extrait 7] du luxe de l'électricité pratique et confortable[extrait 9].
Il s'agit tout d'abord des premiers gratte-ciels, qui deviennent un signal dans l'échelle des valeurs modernes[R 1].
La banlieue industrielle — qui se différencie des faubourgs artisanaux historiques — est une zone qui se définit entre autres par le fait de l'usine utilisant de l'énergie et par ailleurs fabricant son électricité pour la livraison à soi-même. Cet établissement industriel agglomère autour d'elle l'habitat de ses ouvriers, géré par elle ou installée « par la force des choses » sans plan d'urbanisme en « mitage » de la campagne[16].

Au moment où on détermine que électricité et lumière sont liées parce que le plus petit élément porteur d'électricité va à la « vitesse de la lumière »[L1a 2] s'ajoute à la fin de siècle l'étude de la radio-activité dans ce qui poursuit la mise en théorie du « quelque chose » qui est « électricité » en dualité onde-corpuscule.

Conduction électrique[modifier | modifier le code]

En 1827Georg Ohm publie[L23 4] et énonce la loi des courants électriques en circuit sans composant électromagnétique, la loi d'Ohm. Elle deviendra après le XIXe siècle la loi fondamentale des circuits par l'extension de son concept philosophique appartenant à « l'école du contactisme[8] », autant que par sa conception physique de système en équilibre, conception modélisée par la mathématique de la géométrie. Une des ébauches de la systémique.

Article détaillé: - Ion -
Plus: Théodor Grotthuss, Histoire de l'électrochimie, Électrolyse de l'eau, Histoire de l'électrophysiologie

En 1874, Friedrich Kohlrausch[17] établit la loi sur la conductivité des électrolytes[18]. En 1875, Gabriel Lippmann fabrique un électromètre avec ce qui sera nommé l'

La foudre, manifestation spectaculaire de l'électricité.
une machine de Ramsden électrostatique à disque en verre frotteurs en cuir, peignes collecteurs et éclateur à l'arrière
Démonstration d'une machine d'"électricité médicale" par George Adams (en)[L28 1], dans son livre « An Essay on Electricity, to which is added an Essay on Magnetism » (1784). Gravure de J. Lodge, (1799).
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