Blanche Neige Et Le Chasseur Critique Essay

Le film a cartonné pour son premier week-end aux USA malgré des critiques américaines polies. Que vaut cette version épique de Blanche-Neige ? Réponse ici...

L’argument : Dans des temps immémoriaux où la magie, les fées et les nains étaient monnaie courante, naquit un jour l’unique enfant d’un bon roi et de son épouse chérie : une fille aux lèvres rouge sang, à la chevelure noire comme l’ébène et à la peau blanche comme neige. Et voilà précisément où l’histoire que vous croyiez connaître prend fin et où la nouvelle adaptation épique et envoutante de ce célèbre conte des frères Grimm débute. Notre héroïne, dont la beauté vient entacher la suprématie de l’orgueilleuse Reine Ravenna et déclencher son courroux, n’a plus rien d’une damoiselle en détresse, et la cruelle marâtre en quête de jeunesse éternelle ignore que sa seule et unique rivale a été formée à l’art de la guerre par le chasseur qu’elle avait elle-même envoyé pour la capturer. Alliant leurs forces, Blanche-Neige et le chasseur vont fomenter une rébellion et lever une armée pour reconquérir le royaume de Tabor et libérer son peuple du joug de l’impitoyable Ravenna.

Notre avis : Des mois maintenant qu’Universal nous abreuve de bandes annonces spectaculaires de Blanche Neige et le chasseur. Des mois qu’on est impressionnés par les trouvailles visuelles dignes d’une réalisation de Tarsem Singh comme ce miroir qui se liquéfie avant de prendre vie, les soldats de verre de la diabolique reine qui combattent l’armée de Blanche Neige, la représentation ténébreuse de la forêt du conte original avec ses goules, trolls et autres fées, où la jeune princesse pourchassée va se perdre... Des mois qu’on est émoustillés par la présence froide de Charlize Theron en mégère obsédée par le vieillissement, s’immergeant dans un bain de lait d’une sensualité troublante, alors que parallèlement elle nous fait du pied dans un autre fantasme estival intitulé Prometheus... Oui, des mois que l’on rêve Blanche Neige grâce à des affiches impeccables, sans cracher sur la présence de la star de Twilight, Kristen Stewart, toujours impecccable en dehors de la franchise "idiolescente", et du vengeur musclé Chris Hemsworth. Toutefois les premiers échos des professionnels américains nous ont légèrement refroidis. La production luxueuse budgétée à 150M$ serait moins barrée dans l’action que prévu et même un peu longuette... On est allé vérifier. Le résultat ? Bien, mais...

© Universal Pictures International France

La claque visuelle promise par des premières images stimulantes (mise en place de l’histoire, l’enfance de Blanche Neige, la prise de pouvoir de la sorcière) s’émousse très vite. Avec politesse. Sans animosité ou rancoeur, car ce film nous plait bien au fond. Le spectacle est joli, fort bien chargé en moments de bravoure, en décors naturels sublimes (merci l’Ecosse et en particulier l’île de Skye, aperçue également dans Prometheus) et de féérie pure. Effectivement, cette adaptation obscure du conte des frères Grimm ou plutôt de la version animée du père fondateur Walt Disney déballe le grand arsenal de plans imposants, de la majesté du château aux rouleaux marins qui viennent fondre sur les falaises escarpées, des égouts médiévaux aux grottes profondes, en passant par les marais vénéneux et les forêts de branches crochues... Tout est resplendissant dans cette reconstitution fabuleuse d’un univers qui a déjà fait ses preuves (Le seigneur des anneaux pour le meilleur) et qui parvient à égaler à peu près tous ses illustres modèles, sans trop tomber dans la kitscherie enfantine de Narnia, grâce à des incrustations d’images de synthèse moins lourdes que dans la plupart des blockbusters actuels, et à une fine utilisation des décors reconstitués pour certains d’entre eux dans les studios britanniques de Pinewood.

© Universal Pictures International France

Pourtant, malgré l’excitation ou du moins l’immense curiosité à l’arrivée en salle, on ressort toutefois un chouïa déçu. Comme si toutes les qualités précitées n’étaient pas suffisantes et qu’il manquait ce gros plus recherché par chacun aujourd’hui, surnommé l’originalité. Car oui, l’histoire est bien celle de Blanche Neige et on la connaît par coeur ; elle se devait donc d’être pervertie en profondeur, ce qui n’est pas totalement le cas. Certes de vraies modifications ont été apportées à la trame qui, un moment donné, bascule dans le copiage éhonté de Princesse Mononoke de Miyazaki, avec un merveilleux (la communion avec la nature), qui s’exprimait différemment chez Disney. On apprécie aussi beaucoup l’ambiguïté sur les origines de la malveillance de la reine (un drame familial finalement très social, et même féministe !), sa relation aux hommes, ainsi que son attachement à son frère... Le monstre vampire qui puise sa vitalité éternelle dans la beauté des soubrettes du royaume, s’inspire énormément de la comtesse de Julie Delpy ; en fait, en y repensant bien, cette adaptation pourrait même être une authentique relecture hollywoodienne du drame morbide de la réalisatrice française ! Enfin, le baiser qui ravive la vie de l’héroïne est moins convenu que prévu. On sent poindre l’influence de la série Twilight qui a relancé la tendance de l’"hésitation". C’est esquissé, notamment lors d’une scène finale équivoque qui pourrait s’ouvrir sur une suite axée sur les déboires sentimentaux de Blanche Neige.

© Universal Pictures International France

Malheureusement tous les bons points sont tempérés par une chronologie prévisible et surtout tristement gâchée par le promo-reel de 5mn qu’a lancé le studio en mars dernier. Comme pour attirer le public masculin, le seul qui garantissait le remboursement des frais au box-office, le studio en a sûrement trop montré dans l’action et la débauche d’effets spéciaux. Le plus beau, tout ce qui était censé susciter la surprise et donc l’engouement instantané, a été révélé aux internautes très en amont, sans laisser de place à la découverte, puisque le reste, entre étirement des séquences aperçues dans les trailers et moments plus fades et moins héroïques, ternissent le sentiment d’originalité en incubation dans la bande-annonce.
Au final Blanche Neige et le chasseur n’est pas une très grande oeuvre au souffle épique terrassant, mais plutôt un produit survendu, émaillé de moments faiblards (ralentissement du rythme, apparitions gauches de Kristen Stewart en chevalier armuré), mais l’ensemble est parfaitement acceptable, avec une bonne touche de noirceur, de bonnes idées de magie noire et un univers de conte bien trempé. Et puis il faut citer encore une fois Charlize Theron, sublime... Rien que pour elle, cette épopée chevaleresque vaut bien un passage par le grand écran.

Frédéric Mignard

Publiée le 13/06/2012

J'étais assez sceptique quant à l'intérêt de cette adaptation. La B.O. semblait montrer une Blanche Neige devenue guerrière impitoyable, une Blanche Neige très éloignée de celle que l'on connait. Le conte est pourtant suffisamment intéressant, alors était-il nécessaire de prendre ces libertés? Pour ma part je réponds oui. Le film est sombre tout en gardant la part de merveilleux qu'il faut pour plaire aux plus jeunes. Charlize Théron est une sorcière superbe et seule, profondément blessée et ambitieuse, cruelle et froide. On est aux antipodes de la direction "comique" qu'avait empruntée la version sortie en avril avec Julia Roberts. Charlize Théron n'est pas là pour rigoler, sa vie est une quête pour le pouvoir motivée par une soif de vengeance sans fin. Et elle sera sans pitié. Kristen Stewart, de son côté, tient parfaitement la route. Elle campe une Blanche Neige entre deux âges mi-femme mi-adolescente, forte et indépendante derrière une innocence et une fragilité apparente, qui aura malgré tout besoin des autres pour accomplir son destin. Charlize Théron est une grande actrice, on le sait, mais Kristen Stewart est largement à la hauteur dans ce film. Elle arrive en une fraction de seconde à faire passer l'innocence, la stupeur et la détermination dans les yeux de son personnage lui donnant un je ne sais quoi de parfaitement contemporain, tout à fait dans l'air du temps. J'avais peur qu'elle ne soit ridicule, elle est tout l'inverse. Chris Hemsworth colle parfaitement dans cette histoire. Avec ces airs de Brad Pitt bodybuildé il apporte la touche ironique du film. Il est la force, le courage et l'amour mais attention chasseur solitaire, cette blanche neige est une coriace. Sans m'étaler sur les libertés que j'évoquais plus haut, je dirais que cette version pourrait être à Blanche Neige ce que The Dark Knight a été à Batman, le génie de Christopher Nolan en moins. Une adaptation sombre, sans extravagance ni enfantillage, sobre dans le traitement de ses personnages et des liens qui les unissent ou les divisent. Des personnages qui évoluent dans un univers moribond où l'espoir semble n'être qu'un souvenir enfoui, comme sont enfouies la haine et la rancune dans le coeur de tous les habitants du royaume. Il va y avoir du sang....

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